LA CORDE RAIDE

Moi, j'ai dansé sur une corde raide
A chaque instant que tu fus là.
Tu avais la douceur et le charme d'un rêve
Que j'emporte avec moi.
Il a fallu dix ans à peine
Pour ne plus se connaître,
A être pour l'autre une gêne
Au point de n'avoir plus pour maître
Qu'un air d'indifférence
Ingratitude de l' enfance
Qui nous a broyé de tant de souffrances
Qu'on a le regard fuyant.
Je me souviens encore du clair-obscur
Dans l'eau profonde de ton oeil.
Je retrouvais souvent dans tes cambrures
Les lignes pures d'un chevreuil.
La vie ensemble était légère,
Maintenant ce n'est plus comme avant,
Tu n'es vraiment qu'une mégère
Crasseuse, idiote, c'est dégoûtant!

Je suis tombé de ma corde raide
Je n'en ai pas cru mes yeux.
Un soir qu'tu barbotais dans l'eau de vaisselle
Pour te laver les cheveux.
C'est juste après ce maudit jour,
Quand t'as monté ici ta mobylette
Qu'on n'a plus jamais fait l'amour
Y'avait des pistons, des biellettes,
Jusque dans les draps,
Du cambouis dans les toilettes,
Dans la cuisine, des traces de doigts.
Tu jetais les ordures et l'argent par les fenêtres.
Qu'est-ce qui t'a rendue comme ça ?
Toi, tu dis que c'est moi.
Maintenant, je saute à la corde raide
Depuis qu'on n'en est plus là.
Avec la camisole, je trouve ça raide
Surtout que l'infirmière, c'est toi...
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