"De la cinquième symphonie de Beethoven
au petit vin blanc qu'on boit sous les tonnelles, Eddy
Merckx, comme un oeuf sur sa machine à coudre,
fonce à travers une forêt de corsages pointés
sur son passage !"
Ainsi parlait Zarathoustra, du moins sous l'apparence
fallacieuse d'un Antoine Blondin qui chroniquait en soixante-dix
le tour de France, faute de mieux.
Lorsque l'on sait que quelque part,
des enragés s'acharnent à rouler après
un maillot comme d'autres courraient après un
vulgaire ballon, des indices laissent à penser
que le temps de la réalisation est venu.
Quand le soleil, jaune aussi, quelque part là-haut
s'acharne à calciner les peaux et les feuilles,
quand le temps des souffrances et de la trime laisse
un répit au taon des vacances et de la frime,
on est prêt. Point n'est besoin de faire une liste
de commissions, on a toujours de quoi faire un bon loup
à la tapenaillade à la maison.
Car on pourra bien varier du premier au dernier les ingrédients
indispensables pour faire un véritable loup, c'est
la particularité unique de cette exquise recette.
RECETTE :
Commencer par construire une terrasse dans votre toit,
il suffit pour cela d'un toit en biais sous votre fenêtre
préférée.
Défoncer la partie du mur sous la fenêtre
et la remplacer par une porte vitrée. Ainsi la
recette vous permettra également de profiter d'un
espace idoine à d'autres recettes moins précises
pour d'autres vêpres aussi enluminées.
Retirer les tuiles du toit, les voliges et les solives,
confectionner une surface assez plane à daller
à votre goût ou à défaut à
celui des carreleurs et achalandeurs.
Placer quelques pots de géraniums en guise de
garde-fous, on ne sait jamais... Un parasol, une table
de bistrot en marbre et fer forgé, une chaise
à peine confortable mais adoucie d'un coussin.
Le décor, léger et simpliste, suffira.
Prévoir d'acheter un mois auparavant un beau filet
de loup à un marin-pêcheur du port du Niel
exclusivement, ou de tout autre espèce pouvant
vous convenir ainsi que de toute autre provenance, demandez-lui
de le préparer. Prendre soin de le congeler jusqu'à
consommation, la substance y gagnera en imprécision.
Sortir le filet non garni de sa gangue de plastique et
de givre et le réchauffer sur la terrasse.
Prendre une grande poële en fonte, y faire fondre
un généreux éclat de beurre demi-sel.
Un demi-oignon ou un échalion mis en pièces,
une figue mise en actes, une petite tomate proche de
sa fin mise en scènes, un petit blanc local promis
en monologue pour survivre à la cuisson lente.
Tout cela va rissoler à la faveur du poivre et
de la cardamome comme il se doit.
Après un certain temps ajusté au fût
du canon qu'on sirote, ajouter la franche cuillerée
de tapenade d'olive vertes et la gousse d'ail minutieusement
déchiquetée.
Lorsque la surface de l'ail a été à
peine ridée, verser de la bière pour couvrir
le contenu de la poêlée, juste suffisamment
pour empaper les fibres.
Lorsque le liquide va disparaître, à feu
très doux, y coucher le poisson.
Aller dépiauter dans le massif des simples quelques
tiges d'origan, de pimprenelle et d'estragon. Hacher
fin les feuilles avec les ongles pendant le retour vers
la poëlée et en répandre la moitié
sur le filet.
Le reste servira pour la face B. Remettre la face A en
fin d'audicuisson pour bien se pénétrer
du tube et flétrir les fines herbes.
Dissoudre une bonne cuillerée de crème
fraîche de chaque côté dans la garniture
Saler sans outrance, et ajouter du persil.
La dégustation se fera au soleil de fin d'après-midi,
un blanc râblé tel un Mâcon fera aussi
bien l'affaire que toute autre boisson agréable
au palais.
La garniture est si copieuse qu'elle suffira à
consoler la chair.
Tant que dure le loup en bouche, ne pas manquer d'admirer
la vallée en face, les verts bleutés ou
roussis de votre garrigue personnelle, le couple de pouliches
blanches qui se protègent alternativement de l'ombre
qu'elles se portent en un gracieux manège de frottis
sensuels et chevalins devant un champ de tournesols jaunes
comme des maillots.
Noter l'inconséquence d'une grosse fourmi qui
a trébuché tout au long du mur pour porter
son fagot et qui tout-à-coup le laisse là,
dérisoire, et repart vers un autre destin.
S'étonner, comme le ferait n'importe quel téléspectateur
à qui l'on assènerait ce scoop au journal
du soir, de voir une guêpe ordinaire brouter un
petit pois jusqu'à la moelle pour en faire ses
rayons.
Se sentir empâté mais serein dans un corps
lourd et veule quand on est frôlé par les
martinets qui furtivent sur des trajectoires traçantes
et virevoltantes.
Savourer le jour et son déclin comme on savourera
la nuit et son enclin, aduler la qualité de la
chaleur qui fera défaut d'ici peu, choyer la lune
pleine et basse d'été, enrobée et
merveilleuse pendant qu'on digèrera en rêvant
cette recette si particulière du loup à
la tapenaillade ou de ce qu'on aura bien pu élaborer,
non sans amour.
Alors, laisser venir à nos
lèvres et à nos cordes pincées notre
Glaude toulousain qui chante si révolutionnairement
"C'est ça la vie, c'est ça la vie
!" en humant l'incomparable parfum du nectar de
nescafé de luxe dans la tasse.
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