Timide comme un gobelin,
Collé au mur sans entrain,
N'osant le moindre geste
Vers une accorte gyneste.
Je fais tapisserie,
Et pourtant je souris.
En moi la frénésie
Est mise au pilori.
J'ai pourtant dix huit ans,
Mais bien peu entreprenants.
Toutes les filles m'ignorent,
Car je ne suis qu'un décor.
Je fais tapisserie
Comme un pauvre abruti.
Peu de confiance en moi.
Je suis benêt, voilà.
J'ai envie de danser,
Et pas pour me trémousser.
Seulement pour draguer,
Mais je reste pétrifié.
Je fais tapisserie
Dans la salle, tragédie !
Combien je me morfonds
De me voir aussi con.
Je voudrais rencontrer
Une fille, n'importe laquelle.
Il faut bien commencer
Par une maigre fricadelle.
Je fais tapisserie.
Mon angoisse grandit.
Pas pour moi les copines,
Malgré mes neuves bottines.
La lumière s'éteint
Pour quart d'heure américain.
Les filles doivent inviter
Un étalon qui leur plait.
Faisant tapisserie,
Je m'étiole, cou raidi.
Je vais faire tintin...
Ça, je le pressens bien.
Une nana m'invite.
Serait-ce la réussite ?
Elle se colle à moi.
Je sens qu'elle est de bon poids.
Elle aussi, tapisserie.
Avant cette soudaine nuit,
Je ne l'avais pas vue,
Comme moi inaperçue.
Quand la lumière revient,
Je ne me sens pas très bien.
Car la chaude inconnue
S'avère assez moustachue.
Finie la tapisserie,
Comme un lâche, je m'enfuis.
Plus jamais de tapisserie
Pour le reste de ma vie.
En 1968, j'étais à peu près comme ça.
Ce n'est qu'à 35 ans que j'ai finalement et
totalement éliminé ma timidité.